Spécialité LLCE · notion : le langage
Apprendre une langue, ce n'est pas seulement changer d'étiquettes sur les mêmes choses : c'est parfois découvrir des idées qui n'existaient pas pour vous. La langue est-elle un simple outil neutre — ou façonne-t-elle notre façon de penser et de voir le monde ? Et si traduire, c'était toujours un peu trahir ?
Deux thèses s'affrontent. Pour la première, la pensée précède la langue : on pense d'abord, on traduit ensuite ; toute idée est dans toute langue exprimable. Pour la seconde — Humboldt, puis l'hypothèse Sapir-Whorf — chaque langue « découpe » le monde à sa façon, et cette découpe oriente la pensée : les couleurs qu'on distingue, la façon dont on situe le temps, ce qu'on juge poli. La langue ne serait pas un vêtement de la pensée, mais sa forme.
« Les limites de mon langage signifient les limites de mon monde. » Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus, 5.6, 1921 (domaine public)
Ces mots n'ont pas d'équivalent exact en français. Cliquez : la nuance qu'ils portent existait-elle pour vous avant de connaître le mot ?
Deux lectures possibles, à discuter : ou bien le sentiment existait déjà et seul le mot manquait (la pensée précède la langue) ; ou bien le mot rend ce sentiment pensable, le découpe dans le flou (la langue façonne la pensée).
« Traduttore, traditore » — traducteur, traître, dit l'adage italien (intraduisible, justement, car il perd la rime). Traduire oblige à choisir : garder le sens ou la musique ? la lettre ou l'esprit ? Le mythe de Babel raconte cette blessure : une humanité unie par une langue unique, dispersée dans la multiplicité des langues. Mais cette multiplicité est-elle une punition — ou une richesse ? Chaque langue perdue est une manière de voir le monde qui disparaît.
On cite « l'hypothèse Sapir-Whorf » comme s'il s'agissait d'une seule idée. Il y en a deux, et elles ne se valent pas. La première dit que la langue détermine la pensée : ce que ma langue ne peut pas dire, je ne peux pas le penser. La seconde dit qu'elle l'oriente : elle rend certaines distinctions plus rapides, plus habituelles, plus disponibles. Confondre les deux, c'est s'interdire d'en discuter — car la première est très probablement fausse, et la seconde très probablement vraie.
Le nom vient de deux linguistes américains. Edward Sapir, en 1929, dans « The Status of Linguistics as a Science » (Language, vol. 5, no 4, p. 207-214), soutient que le monde que nous croyons observer est en grande partie construit, à notre insu, sur les habitudes de langue de notre groupe. Son élève Benjamin Lee Whorf durcit la thèse dans les années 1930-1940 ; ses essais, réunis après sa mort dans Language, Thought, and Reality (1956), affirment qu'un locuteur du hopi ne se représente pas le temps comme nous. Détail qui compte : ni Sapir ni Whorf n'ont jamais publié quoi que ce soit sous le nom d'« hypothèse Sapir-Whorf ». Ce sont leurs successeurs qui l'ont baptisée — et raidie.
« Le monde réel est, dans une large mesure, bâti inconsciemment sur les habitudes de langue du groupe. » Edward Sapir, « The Status of Linguistics as a Science », Language, 1929 (domaine public) — traduction Adaptia
La langue fixe les bornes du pensable ; hors d'elle, rien. L'objection est presque immédiate : si c'était vrai, aucune traduction ne serait possible, aucun mot ne pourrait être forgé, et personne ne pourrait jamais « chercher ses mots » — or chercher son mot, c'est tenir déjà une pensée sans tenir encore le mot. La thèse forte se retourne contre elle-même : pour énoncer ce que ma langue m'empêcherait de penser, il faudrait l'avoir pensé.
La langue ne ferme rien : elle facilite. Elle décide de ce à quoi je dois prêter attention pour parler correctement — le genre, le nombre, l'aspect, parfois la source de mon information. À force, l'attention prend un pli. Thèse modeste, et surtout testable : c'est bien pour cela qu'on a pu la mettre à l'épreuve.
Si chaque langue découpait le spectre à sa guise, les vocabulaires de couleur seraient arbitraires et sans rapport les uns avec les autres. En 1969, Brent Berlin et Paul Kay publient Basic Color Terms: Their Universality and Evolution (University of California Press) : ils examinent directement vingt langues, et en dépouillent soixante-dix-huit autres dans la littérature — 98 au total. Résultat : le désordre attendu n'est pas là. Les termes de base sont au plus onze, et ils apparaissent dans un ordre étonnamment régulier — d'abord une opposition sombre / clair, puis le rouge, puis le vert ou le jaune, puis le bleu, et ainsi de suite. Le découpage n'est donc pas libre : il est contraint, sans doute par la physiologie de l'œil. La méthode et les présupposés culturels de l'enquête ont été discutés depuis (Barbara Saunders, Stephen Levinson, autour de 2000), et l'ordre a été assoupli ; mais le noyau tient : il y a bien des universaux de la dénomination des couleurs.
C'est l'exemple favori de Whorf : le hopi ne contiendrait « aucun mot, aucune forme grammaticale, aucune construction ni expression » se rapportant directement à ce que nous appelons le temps (« An American Indian Model of the Universe », rédigé vers 1936, publié en 1956 — traduction Adaptia). En 1983, le linguiste Ekkehart Malotki publie Hopi Time (Mouton, près de six cents pages) : des centaines d'exemples de vocabulaire et de constructions temporelles en hopi. La démonstration a paru accablante. Mais lisez l'objection de près — c'est là qu'on apprend quelque chose. Des spécialistes (John Lucy, John Leavitt) font remarquer que Whorf mettait « temps » entre guillemets, et soutenait que la conception hopi diffère de la nôtre, non qu'elle est absente. Malotki réfuterait alors la version populaire de Whorf, pas Whorf. Vous tenez ici un exercice complet de méthode : avant de réfuter une thèse, il faut établir laquelle on réfute.
La psychologue Lera Boroditsky a repris la question avec des protocoles mesurables. En 2007, avec Jonathan Winawer et quatre autres chercheurs, elle publie dans les PNAS (vol. 104, no 19, p. 7780-7785) une expérience sur le russe, qui distingue obligatoirement deux bleus, goluboï (clair) et siniï (foncé). Les russophones distinguent deux nuances plus vite lorsqu'elles tombent de part et d'autre de cette frontière ; les anglophones, sur les mêmes échantillons, ne montrent aucun avantage. Deux détails décident de tout : l'avantage disparaît si l'on occupe simultanément le sujet par une tâche verbale, mais il résiste à une tâche spatiale. Autrement dit, la langue n'a pas recâblé l'œil une fois pour toutes : elle est convoquée en direct, comme une aide, et on peut la débrancher. En 2010, avec Alice Gaby (Psychological Science, vol. 21, no 11, p. 1635-1639), elle montre qu'à Pormpuraaw, en Australie, les locuteurs du kuuk thaayorre — dont la langue ne dit pas « à gauche » mais « au nord-est » — ordonnent le temps d'est en ouest, et non de gauche à droite : leur ligne du temps tourne quand ils se tournent.
Conclusion honnête, et bonne à écrire dans une copie : les faits vérifiés soutiennent la version faible et démentent la version forte. La langue ne construit pas votre monde ; elle vous fait regarder d'un certain côté, et un peu plus vite. Ce n'est pas rien — mais ce n'est pas une prison.
Question classique, mais qui ne se tranche qu'à condition de définir d'abord ce qu'on appelle « parler ». Communiquer et parler ne sont pas la même chose.
En 1637, dans la cinquième partie du Discours de la méthode, Descartes propose un critère d'une précision remarquable. Il ne dit pas que les bêtes n'émettent aucun son : il observe au contraire que « les pies et les perroquets peuvent proférer des paroles ainsi que nous ». Ce qu'il leur refuse, c'est autre chose — la capacité d'arranger des signes pour répondre au sens de ce qui vient d'être dit. La preuve, ajoute-t-il, est que « les hommes qui étant nés sourds et muets sont privés des organes qui servent aux autres pour parler » inventent d'eux-mêmes des signes et se font comprendre : l'organe n'est donc pas la question. Descartes en tire une conséquence radicale, et très contestable, que vous devez discuter et non recopier : les bêtes n'ont pas seulement moins de raison que nous, elles n'en ont « point du tout ».
Trois siècles plus tard, l'objection arrive du côté des sciences. Karl von Frisch (prix Nobel de physiologie ou médecine 1973, partagé avec Konrad Lorenz et Nikolaas Tinbergen) déchiffre la danse des abeilles — travail commencé dès son livre de 1927 et récapitulé dans Tanzsprache und Orientierung der Bienen (1965) : l'ouvrière rentrée à la ruche indique par une figure la direction et la distance d'une source de nourriture, et ses congénères s'y rendent. Voilà, semble-t-il, un signe abstrait, transmis, compris. En 1952, le linguiste Émile Benveniste examine ce cas — l'étude est reprise au chapitre V de Problèmes de linguistique générale I (Gallimard, 1966) — et conclut par une formule nette : ce que fait l'abeille, dit-il, « ce n'est pas un langage, c'est un code de signaux ». Ses raisons sont énumérables, et c'est ce qui fait leur force.
La réponse. Le message n'appelle aucune réplique : les autres sortent, elles ne répondent
pas. « Les abeilles ne connaissent pas le dialogue », écrit Benveniste — or nous parlons à d'autres
qui parlent.
Le relais. Une abeille ne transmet jamais un message qu'elle a seulement reçu : elle
doit être allée voir. Aucun message ne se construit à partir d'un autre message.
L'analyse. Le contenu est global, indécomposable : on n'y isole ni unités de sens ni unités de
son.
Le contenu. Il porte toujours sur une seule chose, la nourriture.
À l'inverse, tout énoncé humain se décompose en unités de sens (les morphèmes), lesquelles se décomposent à leur tour en unités de son dépourvues de sens (les phonèmes). C'est ce qu'André Martinet appellera en 1960, dans ses Éléments de linguistique générale, la double articulation : quelques dizaines d'éléments vides produisent une infinité d'énoncés. De là vient que le langage humain soit, selon le mot de Benveniste, « capacité de tout dire » — y compris de parler de lui-même, ce qu'aucun code de signaux ne fait.
Le débat n'est pas clos pour autant, et il a une date. À partir de la fin des années 1960, on apprend la langue des signes à de grands singes ; le chimpanzé Nim Chimpsky, élevé par Herbert Terrace, produit des centaines de combinaisons. En 1979, Terrace publie avec trois collègues, dans Science (vol. 206, no 4421, p. 891-902), un article au titre sans détour : « Can an Ape Create a Sentence? ». Sa réponse, après réexamen des enregistrements de son propre projet, est négative : les productions de Nim imitent le signe que l'humain vient de faire, et ne montrent pas de syntaxe. Autrement dit, la question posée par Descartes en 1637 — répondre au sens de ce qui est dit — était la bonne, et elle attend toujours une réponse expérimentale claire.
Attention au piège de dissertation : « le langage est le propre de l'homme » n'est pas un fait, c'est une conclusion qui dépend entièrement de la définition qu'on a posée au départ. Si « langage » veut dire communiquer, l'abeille en a un. Si « langage » veut dire dialoguer, analyser, relayer, alors non. Le travail philosophique est là, dans la définition — pas dans la réponse.
Ici la question du module cesse d'être théorique : des États ont légiféré sur la langue des gens. Ce qui suit se lit en historien, pas en procureur — on établit les faits et les dates, on distingue les arguments, on ne juge pas à la place du lecteur.
Trois dates suffisent à poser le problème en France. Le 25 août 1539, l'ordonnance de Villers-Cotterêts impose (articles 110 et 111) que les actes de justice soient prononcés, enregistrés et délivrés « en langage maternel françois et non autrement » : il s'agit de chasser le latin des tribunaux, afin que les justiciables comprennent ce qu'on leur fait. Le 16 prairial an II (4 juin 1794), l'abbé Grégoire lit à la Convention son Rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue française : il y estime « qu'au moins six millions de Français, surtout dans les campagnes, ignorent la langue nationale », qu'autant sont incapables de suivre une conversation, et que ceux qui la parlent « n'excède[nt] pas trois millions » — sur une population d'environ vingt-huit millions. Le 11 janvier 1951, la loi Deixonne autorise pour la première fois l'enseignement de quatre langues régionales : le basque, le breton, le catalan et l'occitan.
Une langue commune est la condition d'une citoyenneté égale : sans elle, la loi reste lettre morte pour celui qui ne la lit pas, et le pouvoir appartient à qui possède la langue du pouvoir. Villers-Cotterêts se réclame de cette raison-là, et Grégoire aussi : il veut que le paysan comprenne les décrets qu'on lui applique. Une langue partagée est un instrument d'égalité.
Mais une langue n'est pas un simple canal. Si Humboldt a raison — et c'est le texte que vous lisez plus bas — chaque langue trace un cercle, c'est-à-dire une manière de découper l'expérience. Une langue qui cesse d'être parlée n'est pas un outil remplacé par un meilleur outil : c'est un point de vue sur le monde qui n'a plus de témoin. Le mot même du rapport de 1794 — anéantir — dit crûment ce qui est en jeu.
Deux philosophes permettent de trancher plus finement que « pour » ou « contre ». Bergson, dans l'Essai sur les données immédiates de la conscience (1889), remarque que le mot, parce qu'il est stable et commun à tous, « écrase ou tout au moins recouvre les impressions délicates et fugitives de notre conscience individuelle » : tout vocabulaire, y compris le nôtre, appauvrit en même temps qu'il permet de dire. Et le second Wittgenstein, celui des Recherches philosophiques (publiées après sa mort, en 1953), abandonne l'idée que le mot serait l'étiquette d'une chose : « la signification d'un mot est son usage dans le langage » (§ 43). Conséquence immédiate et importante : si le sens est un usage, alors interdire un usage détruit bel et bien un sens — non parce que la pensée serait enfermée dans les mots, mais parce qu'une pratique partagée, une fois éteinte, ne se retrouve pas.
Notez enfin l'usage littéraire de la thèse forte. La novlangue de George Orwell, dans 1984 (1949), suppose exactement le déterminisme linguistique : réduire le lexique rendrait l'insoumission littéralement impensable. Mais si la version forte est fausse — et la première de ces trois sections donne les raisons de le croire — alors la novlangue ne peut pas fonctionner comme le roman l'imagine. C'est une fiction puissante parce qu'elle exagère : elle rend visible un mécanisme réel en le poussant au-delà du vrai.
Sujet de discussion, à traiter avec les faits et non avec les indignations : une politique de la langue peut-elle être à la fois émancipatrice et destructrice ? Et si oui, qu'est-ce que cela nous apprend sur la difficulté de juger une action à ses seules intentions ?
Références des trois sections précédentes : E. Sapir, « The Status of Linguistics as a Science », Language, 5-4, 1929, p. 207-214 ; B. L. Whorf, Language, Thought, and Reality, 1956 ; B. Berlin et P. Kay, Basic Color Terms, University of California Press, 1969 ; E. Malotki, Hopi Time, Mouton, 1983 ; J. Winawer et al., « Russian blues reveal effects of language on color discrimination », PNAS, 104-19, 2007, p. 7780-7785 ; L. Boroditsky et A. Gaby, « Remembrances of Times East », Psychological Science, 21-11, 2010, p. 1635-1639 ; Descartes, Discours de la méthode, Ve partie, 1637 (orthographe modernisée) ; É. Benveniste, « Communication animale et langage humain », 1952, repris dans Problèmes de linguistique générale I, Gallimard, 1966, chap. V ; A. Martinet, Éléments de linguistique générale, Armand Colin, 1960 ; H. S. Terrace et al., « Can an Ape Create a Sentence? », Science, 206-4421, 1979, p. 891-902 ; ordonnance de Villers-Cotterêts, 25 août 1539, art. 110-111 ; Grégoire, Rapport…, 16 prairial an II ; loi Deixonne no 51-46 du 11 janvier 1951 ; Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience, 1889, chap. II. Commentaires et questions originaux.
Une dalle de granit noir trouvée dans un mur, le même décret en trois écritures dont une que plus personne ne sait lire depuis quatorze siècles. Vingt-trois ans, deux savants rivaux et une langue liturgique oubliée ont été nécessaires. Déchiffrer, ce n'est pas encore comprendre.
Une langue n'est pas un répertoire d'étiquettes posées sur des choses déjà découpées : elle découpe elle-même. C'est ce qui rend la traduction possible et jamais tout à fait exacte.
Champollion a rendu les signes lisibles ; il n'a pas rendu les textes transparents. Entre déchiffrer et comprendre, il y a tout ce qu'un mot doit à ce qui l'entoure — et c'est un écart que rien n'abolit.
Le déchiffrement est un raisonnement hypothético-déductif mené sur des traces : on suppose, on éprouve, on rejette. C'est une science, avec ses échecs — Kircher au XVIIe siècle s'est trompé avec la même méthode et plus d'imagination.
Un repère ne s'apprend pas : il se manie. Chacun est donné ici avec sa définition, puis avec le travail précis qu'il fait dans ce dossier — c'est le second point qui compte en copie.
Ressemblance / analogie
Ressemblance : des propriétés communes. Analogie : une identité de rapports.
Ce que ce cas en fait. Un hiéroglyphe qui représente un oiseau ne signifie pas « oiseau » : il note un son. La ressemblance est un piège — c'est elle qui a égaré les déchiffreurs pendant deux siècles. Ce que Champollion trouve, c'est un rapport, pas une image.
Signe et sens : formel / matériel
Formel : la structure, les rapports entre signes. Matériel : le support et le contenu concret.
Ce que ce cas en fait. Le cartouche de Ptolémée fournit une structure avant de fournir un sens : c'est la position des signes, non leur figure, qui livre la clé. Le repère explique pourquoi une langue peut se déchiffrer sans qu'on sache d'abord de quoi elle parle.
Universel / particulier
Universel : ce qui vaut pour toutes les langues. Particulier : ce qui n'appartient qu'à l'une.
Ce que ce cas en fait. Les intraduisibles ne prouvent pas que les langues sont des mondes clos : ils prouvent qu'elles ne découpent pas au même endroit. Ce qui est universel, c'est la capacité de tout dire — au prix d'une périphrase.
Pour chaque sujet : l'exemple précis et daté que vous tirez d'ici, et l'endroit de la copie où il rend le plus.
La langue façonne-t-elle la pensée ?
exemple central
Distinguer d'emblée la version forte (la langue détermine ce qu'on peut penser) et la version faible (elle oriente l'attention). La première est réfutée par la traduction elle-même ; la seconde a des protocoles expérimentaux datés.
Traduire, est-ce trahir ?
exemple central
La pierre de Rosette porte le même décret trois fois : trois versions non identiques d'un même texte, produites par l'administration qui l'a rédigé. La traduction est ici l'objet lui-même, pas une opération seconde.
Peut-on penser sans les mots ?
objection
Contre la réponse rapide : le déchiffrement établit qu'on peut lire une langue dont on ne parle pas — donc reconnaître une structure avant d'avoir un sens. Ce qui complique sérieusement l'identification de la pensée et de la parole.
Un exemple daté vaut mieux que trois références vagues : c'est ce qui distingue une copie qui sait d'une copie qui récite. Reprenez les dates, elles comptent autant que les noms.
Deux textes libres de droit sur le pouvoir de la langue.
Wilhelm von Humboldt, Sur la diversité du langage humain, 1836 (domaine public)
« Chaque langue trace autour du peuple auquel elle appartient un cercle dont il n'est possible de sortir qu'en pénétrant en même temps dans le cercle d'une autre langue. »
Apprendre une langue serait donc « sortir d'un cercle ». Est-ce libérateur (on gagne un monde) ou inquiétant (on n'est jamais hors de toute langue) ?
Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus, 1921 (domaine public)
« Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. »
Y a-t-il des choses réelles mais indicibles (l'amour, la douleur, le sacré) ? Ou bien ce qui échappe au langage échappe-t-il aussi à la pensée ?
Extraits dans le domaine public. Commentaires et questions originaux.
Images libres de droit en rapport avec ce dossier.
Fiches et carnet dans la phonothèque.
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Sujet : « Ne pensons-nous que ce que notre langue nous permet de dire ? »
Pesez les deux thèses : la pensée précède la langue (traduction toujours possible) / la langue façonne la pensée (Humboldt, Sapir-Whorf). Thèse, objection, réponse.