EPS · notions : la conscience, la technique, le bonheur

Le corps & l'entraînement

En cours d'EPS, vous faites avec votre corps ce qu'ailleurs vous pensez avec votre tête. Or le corps est une énigme philosophique : est-il un instrument que je possède et commande — ou bien suis-je mon corps ? Et qu'est-ce que s'entraîner : dresser une machine, ou apprendre à son corps à savoir sans y penser ?

Repère : En acte · En puissance Repère : Théorie · Pratique Repère : Objectif · Subjectif

Ai-je un corps, ou suis-je mon corps ?

Descartes sépare : je suis une pensée (res cogitans), et mon corps est une machine (res extensa) que j'habite et que je pilote. Position claire — mais qui explique mal que j'aie mal, ou que je rougisse sans le vouloir. La philosophie du XXe siècle renverse : je ne commande pas mon corps de l'extérieur, je suis mon corps propre, mon point de vue sur le monde. Nietzsche le disait déjà brutalement : il y a plus de raison dans ton corps que dans ta meilleure sagesse. En EPS, cette vérité est physique : le corps sait des choses que la conscience ignore.

« Il y a plus de raison dans ton corps que dans ta meilleure sagesse. » Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 1883 (domaine public)

Atelier interactif — de l'effort conscient à la seconde nature

Apprendre un geste (un service, une roulade, un accord de guitare) : au début tout est pensé, laborieux ; à la fin, le corps agit seul. Faites glisser le niveau d'entraînement.

pensée corps
← Débutant (tout est pensé)Expert (le corps sait) →

C'est l'habitude : Ravaisson y voyait une « seconde nature » — la liberté qui, à force de se répéter, descend dans le corps et s'y fait spontanéité. Le repère en puissance / en acte est ici littéral : l'entraînement actualise un pouvoir qui n'était que possible.

Les techniques du corps — même courir s'apprend

On croit que marcher, nager, lancer sont « naturels ». Le sociologue Marcel Mauss montre le contraire : ce sont des techniques du corps, apprises, variables selon les cultures et les époques (on ne nageait pas, on ne marchait pas « comme ça » il y a un siècle). Le corps le plus intime est déjà social. D'où deux visages du sport : le dépassement de soi (une éthique de l'effort, du progrès, du courage) — et sa face critique (la performance à tout prix, le dopage, le spectacle). La question n'est pas « faut-il un corps performant ? » mais « quel rapport au corps voulons-nous ? ».

Nietzsche
Nietzsche« Le corps, grande raison »
Montaigne
MontaigneL'âme et le corps
Bergson
BergsonL'habitude

Le corps propre et le corps-objet

Le corps dont parle le manuel de SVT a une masse, des insertions musculaires, un volume : c'est un objet parmi les objets, observable du dehors, et l'on peut en faire le tour. Le corps qui saute, lui, n'est pas observé — il est ce par quoi j'observe. Toute une philosophie tient dans cet écart. Après Husserl, la phénoménologie le nomme : d'un côté le corps-chose (Körper), de l'autre le corps vécu (Leib) — ce que Merleau-Ponty appelle en français le corps propre.

Le corps-objet

Il est dans l'espace comme une chaise est dans une pièce : à telle place, mesurable, déplaçable, réparable. C'est le corps de la biomécanique, du bilan sanguin, de la fiche de VMA — et ce corps existe bel et bien ; l'EPS s'en occupe à bon droit. L'erreur commence quand on croit qu'il est le seul.

Le corps propre

Il n'est pas dans l'espace : il l'habite. Il est le « ici » à partir duquel il y a un devant, un derrière, un trop loin. Je ne le perçois pas, je perçois par lui. Il ne m'apparaît jamais entier — essayez de voir vos yeux en train de voir — et je ne peux pas m'en éloigner. Il n'est pas ma possession : il est mon point de vue.

« Le corps est le véhicule de l'être au monde. » Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, Gallimard, 1945 — œuvre sous droits, courte citation

1 · Le membre fantôme : pourquoi le corps-objet ne suffit pas

Un amputé continue de sentir la main qu'il n'a plus. Il la sent parfois crispée, douloureuse, et il esquisse le geste de saisir. Merleau-Ponty ouvre la Phénoménologie de la perception (1945) par ce cas précisément parce qu'il met en échec les deux explications disponibles, et qu'il faut donc en inventer une troisième.

L'explication physiologique — ce sont les nerfs restants qui envoient encore des signaux — n'explique pas que le fantôme apparaisse, s'efface ou change selon la situation vécue du malade. L'explication psychologique — c'est un souvenir, une représentation que le sujet refuse d'abandonner — n'explique pas qu'il faille une lésion réelle pour qu'il y ait un fantôme : un souvenir ne se laisse pas produire par un bistouri. Le phénomène tombe entre les deux, et c'est là l'argument : il faut poser un corps qui n'est ni pure mécanique ni pure conscience, un corps qui est un rapport au monde. Avoir un bras fantôme, c'est rester ouvert aux actions dont ce bras seul était capable — c'est continuer de viser un monde où le geste avait un sens.

2 · Le schéma corporel : un savoir qui n'est pas une connaissance

Quand vous attrapez un ballon, vous ne calculez ni l'angle du coude ni la distance ; vous ne consultez aucune carte de votre corps. Merleau-Ponty emprunte à la neurologie la notion de schéma corporel et la retourne : ce n'est pas une image que j'aurais de mon corps, c'est le système pratique par lequel les tâches motrices sont d'emblée transposables — je sais servir plus haut, plus à gauche, plus fort, sans avoir à réapprendre. Le schéma corporel n'est pas un contenu de conscience : c'est une manière d'être prêt.

D'où un fait que tout élève d'EPS a vérifié sans le formuler : le sportif expérimenté ne connaît pas mieux son corps que vous — il l'habite mieux. Et ce schéma se laisse étendre : la raquette, la perche, le ski cessent d'être des objets perçus pour devenir des instruments de perception. Merleau-Ponty prend l'exemple de la canne de l'aveugle : elle n'est plus ce qu'il touche, elle est ce avec quoi il touche. Le corps propre a des frontières mobiles — ce qui rendra redoutable, un peu plus bas, la question de la combinaison, de la chaussure et de la prothèse.

Le dualisme de Descartes n'est donc pas « faux » : il est local. Il vaut pour le corps que le médecin examine, pas pour le corps que vous êtes en train de vivre. Le repère objectif / subjectif ne sert pas ici à opposer le vrai au ressenti, mais à distinguer deux approches également légitimes d'une même chose — et à ne pas les confondre.

L'entraînement : la liberté qui descend dans le corps ?

L'habitude a mauvaise presse : on l'oppose à la liberté comme la routine à l'invention. Ravaisson soutient exactement le contraire — et une séance d'EPS lui donne raison sous vos yeux.

Le soupçon classique est simple : ce que je fais par habitude, je ne le fais plus vraiment. L'acte perdrait sa valeur en perdant sa conscience ; l'habitude serait une mécanisation, une manière pour le corps-machine de reprendre le pouvoir sur l'esprit. Félix Ravaisson, dans sa thèse De l'habitude (1838), renverse la lecture. Il part d'une observation double, que chacun peut faire : à force de répétition, ce que je subis me touche de moins en moins (on s'habitue au froid, au bruit, à l'effort), tandis que ce que je fais me devient de plus en plus facile et spontané.

« La réceptivité diminue, la spontanéité augmente. » Félix Ravaisson, De l'habitude, 1838, première partie (domaine public)

Une seule et même loi produit donc les deux effets. Et cette loi a une direction : elle va de la volonté vers la nature. Ravaisson en donne une formule d'une grande précision — l'habitude n'est pas un état, c'est un déplacement :

Félix Ravaisson, De l'habitude, 1838, seconde partie (domaine public)

« Comme l'effort entre l'action et la passion, l'habitude est la commune limite, ou le terme moyen entre la volonté et la nature ; et c'est un moyen terme mobile, une limite qui se déplace sans cesse, et qui avance par un progrès insensible d'une extrémité à l'autre. […] En descendant par degrés des plus claires régions de la conscience, l'habitude en porte avec elle la lumière dans les profondeurs et dans la sombre nuit de la nature. C'est une nature acquise, une seconde nature qui a sa raison dernière dans la nature primitive, mais qui seule l'explique à l'entendement. »

Ravaisson emprunte lui-même ses deux expressions : « nature acquise » à Galien, « seconde nature » à Aristote. Que gagne-t-on à dire que l'habitude est une nature, plutôt qu'un automatisme ? Et si la liberté « descend » dans le corps, faut-il encore dire qu'elle s'y perd ?

Relisez maintenant le curseur de l'atelier ci-dessus. La position « expert » n'est pas une liberté perdue : c'est une liberté devenue nature. Ce que la volonté a voulu cent fois, le corps le veut désormais tout seul. La liberté ne s'exerce plus contre le corps, elle s'exerce comme corps — et c'est pourquoi l'attention consciente, à ce stade, gêne le geste au lieu de l'aider.

L'objection : et la mauvaise habitude ?

La thèse est belle, et elle a un défaut sérieux. Si la répétition installe la liberté dans le corps, pourquoi la même loi produit-elle aussi la dépendance, le tic, la raideur, et ce que les entraîneurs appellent le vice de forme — un geste faux si bien automatisé qu'il faudra des mois pour le défaire ? Réponse honnête : la loi de Ravaisson est indifférente au contenu. Elle rend facile ce qu'on répète, le bon comme le mauvais. Elle n'établit donc pas la valeur de ce qu'elle installe. Il faut par conséquent maintenir, au-dessus d'elle, un jugement qui, lui, ne s'automatise pas : savoir quoi répéter. L'entraînement suppose une pensée de l'entraînement.

Un contre-exemple daté le montre. Le 20 octobre 1968, aux Jeux de Mexico, Dick Fosbury franchit 2,24 m en passant la barre sur le dos et devient champion olympique. Tous ses concurrents avaient appris, puis solidement automatisé, le rouleau ventral. L'habitude la mieux installée était devenue le principal obstacle — non parce qu'elle était mal acquise, mais parce que la question avait changé. (Fosbury n'a d'ailleurs pas inventé le saut dorsal : Bruce Quande l'employait dès 1959 ; Fosbury est le premier à l'imposer en compétition internationale.) Une seconde nature reste une nature : elle résiste, comme la première.

Le contrepoids : entraîner ou dresser ?

Il existe une description exactement inverse des mêmes faits. Dans Surveiller et punir (1975), au chapitre « Les corps dociles », Michel Foucault analyse la discipline comme un art du découpage : l'emploi du temps qui segmente la durée, l'exercice qui décompose le geste en éléments corrigibles, le classement, la surveillance continue. Ce dispositif rend le corps en même temps plus utile et plus obéissant — et il fonctionne à l'école, à la caserne, à l'atelier. On peut soutenir qu'il fonctionne aussi au stade.

« Est docile un corps qui peut être soumis, qui peut être utilisé, qui peut être transformé et perfectionné. » Michel Foucault, Surveiller et punir, Gallimard, 1975 — œuvre sous droits, courte citation

Ravaisson : une nature conquise

La répétition libère. Elle transfère au corps ce que la volonté ne peut pas tenir en permanence, et rend disponible l'attention pour autre chose : la tactique, l'adversaire, le jeu. Modèle : l'apprentissage réussi, où l'on gagne un pouvoir qu'on n'avait pas.

Foucault : une docilité produite

La répétition assujettit. Elle inscrit dans les muscles une norme venue d'ailleurs, sous un regard qui note et compare. Modèle : le dressage, où l'on gagne une performance en perdant la question de savoir pourquoi on la vise.

Le plus intéressant est qu'ils décrivent le même fait — la répétition inscrit dans le corps — et le jugent en sens contraire. Il ne s'agit donc pas de choisir un camp mais de trouver le critère qui les sépare. Piste : la différence ne tient pas au contenu de l'exercice (les mêmes séries de répétitions), ni à sa dureté, mais à la fin et à qui la pose. Celui qui s'entraîne peut-il reprendre à son compte la fin poursuivie, la discuter, la refuser ? Alors la contrainte est un moyen qu'il s'est donné. Sinon, elle reste une contrainte qu'on lui a donnée — et le mot dressage est le bon.

Le corps mesuré — record, dopage, corps augmenté

Un geste n'est pas une performance. Il le devient lorsqu'on le mesure, et la mesure n'est jamais neutre : elle décide de ce qui compte. Cette section n'a pas de conclusion à vous donner — elle a des distinctions à vous prêter, et une leçon : les débats sur le dopage butent presque toujours sur des questions qui ne sont pas scientifiques.

1 · Le record est un fait institué

Un lancer est un événement singulier, arrivé une fois. Un record est une comparaison : il suppose que deux gestes séparés par un siècle et un continent sont « le même » geste. Pour cela il a fallu fixer la distance, l'engin, la surface, la limite de vent, la précision du chronomètre. Rien de tout cela n'est donné par la nature. Le record n'est donc pas un fait brut que la mesure viendrait enregistrer : c'est un fait institué, produit par une règle. D'où la question qui suit, et qui est philosophique de part en part : quand la règle change, que devient le corps ?

2 · Un contre-exemple daté : les combinaisons de natation

En 2008, année de lancement d'une combinaison de haute technologie, 105 records du monde tombent — dont 79 avec ce seul modèle. Aux Championnats du monde de Rome, en juillet 2009, 43 records du monde sont battus et 38 des 40 épreuves voient leur record amélioré. La fédération internationale doit alors répondre à une question que nul instrument ne tranche : où finit le nageur et où commence le matériel ? Sa Charte de Dubaï, le 14 mars 2009, y répond par une définition d'essence : la natation, y lit-on, « est un sport dont l'essence est la performance physique du sportif, le principe le plus fondamental » (texte original en anglais). Le 24 juillet 2009, le congrès de la fédération vote par 168 voix contre 7 l'interdiction du polyuréthane, applicable au 1er janvier 2010 ; les records déjà acquis, eux, ne sont pas annulés.

Arrêtez-vous sur ce qui vient de se produire. Une institution a dû dire ce qu'est un corps de nageur — et elle l'a dit par un vote. Ce n'est ni un scandale ni une preuve de relativisme : c'est la marque qu'on était sorti du domaine du fait. Aucune expérience ne pouvait établir que la nage est « la performance physique du sportif » plutôt que « ce qu'un humain fait de mieux dans l'eau avec ce dont il dispose ». Il fallait le décider.

3 · Soigner ou améliorer : une frontière que la chimie ne trace pas

L'Agence mondiale antidopage a été créée le 10 novembre 1999 ; le Code mondial antidopage est entré en vigueur en janvier 2004. Son article 4.3.1 est un document philosophique remarquable : une substance est susceptible d'être interdite si elle remplit deux des trois critères suivants — elle a le potentiel d'améliorer la performance ; elle représente un risque avéré ou potentiel pour la santé du sportif ; son usage est « contraire à l'esprit sportif ».

Regardez la structure. Les deux premiers critères sont des questions de fait, que la science peut instruire. Le troisième est une question de valeur, qu'aucune science ne peut trancher : le Code renvoie à une liste de valeurs — « l'esprit sportif valorise la pensée, le corps et l'esprit », puis la santé, l'éthique, le franc jeu, « l'excellence dans la performance », le courage… Or ces valeurs ne tirent pas toujours dans le même sens : la santé et l'excellence dans la performance entrent en conflit dès le très haut niveau, où l'entraînement lui-même est une prise de risque. Et comme deux critères sur trois suffisent, une substance peut être interdite sans être dangereuse — ou dangereuse sans être interdite.

Deux faits achèvent de montrer que la limite n'est pas dans les molécules. D'abord les autorisations d'usage à des fins thérapeutiques (article 4.4 du Code) : la même substance est permise ou interdite selon l'état de celui qui la prend et l'intention avec laquelle il la prend. Le partage n'est donc pas chimique, il passe entre restaurer une norme et la dépasser — ce qui suppose qu'on sache ce qu'est un corps « normal ». Ensuite un précédent instructif : en septembre 2006, l'AMA a jugé que les tentes hypoxiques (dormir en atmosphère appauvrie en oxygène pour simuler l'altitude) améliorent la performance et contreviennent à l'esprit du sport — et a pourtant renoncé à les interdire. L'objection qui l'a emportée était simple : rien ne distingue biologiquement cette altitude simulée de l'altitude réelle, que personne ne songe à interdire.

4 · Trois positions, sans arbitre

Interdire

Le sport a un sens : comparer des efforts humains. Sans limite, on ne compare plus des athlètes mais des laboratoires, et le libre choix disparaît (qui refuse perd). Objection : la limite retenue est en partie arbitraire — l'altitude, la nutrition, le matériel, la chirurgie oculaire sont permis.

Autoriser sous contrôle

Puisque la frontière est conventionnelle et que l'interdit alimente un marché clandestin plus dangereux, mieux vaut encadrer médicalement. Objection : cela transforme la liberté en obligation de fait, et traite le corps comme un support d'optimisation parmi d'autres.

Distinguer deux questions

« Est-ce tricher ? » se règle par la règle en vigueur. « Est-ce bien ? » ne s'y règle pas : un usage peut être conforme au règlement et rester critiquable, ou l'inverse. Confondre les deux questions est l'erreur la plus fréquente dans les copies.

Retour à la question directrice, et elle mord ici. Si j'ai un corps, l'améliorer est de l'ordre de l'outillage : on optimise ce qu'on possède, et le débat devient technique et sanitaire. Si je suis mon corps, l'améliorer, c'est me transformer moi — et la question n'est plus « est-ce efficace ? » ni même « est-ce dangereux ? », mais : qui décide de ce que je deviens ?

Du concret au concept

Un homme court cent mètres en dix secondes trois dans un stade construit pour prouver quelque chose sur les races. Le corps qui court ne dit rien tout seul : ce sont les autres qui lui font dire. La question du corps propre n'est pas une abstraction — elle se pose à chaque entraînement.

Les notions du programme, telles que ce cas les pose

La nature

Un corps de sportif de haut niveau est un artefact : il a été construit par des années de contrainte volontaire. Ce qu'on appelle « don naturel » désigne le plus souvent la part qu'on n'a pas vue se fabriquer.

La liberté

L'habitude a deux visages : elle enferme, et elle libère. Un geste répété jusqu'à l'automatisme cesse d'occuper l'attention et rend disponible pour autre chose. L'entraînement est peut-être le meilleur exemple d'une contrainte qui produit de la liberté.

La technique

Marcher, nager, s'accroupir : Mauss montre que même les gestes qu'on croit naturels sont appris et varient selon les sociétés. Il n'y a pas de degré zéro du corps.

Les repères, définis en situation

Un repère ne s'apprend pas : il se manie. Chacun est donné ici avec sa définition, puis avec le travail précis qu'il fait dans ce dossier — c'est le second point qui compte en copie.

En acte / en puissance

En puissance : ce qui peut devenir. En acte : ce qui est réalisé.

Ce que ce cas en fait. L'aptitude n'est rien tant qu'elle n'est pas exercée, et l'exercice ne crée rien qui n'était possible. Le repère aristotélicien permet de sortir du faux débat inné/acquis en montrant que la question est mal posée.

Obligation / contrainte

Contrainte : ce qui force du dehors. Obligation : ce à quoi je me tiens moi-même.

Ce que ce cas en fait. S'entraîner est une contrainte que l'athlète s'impose : c'est donc une obligation. Le dressage, lui, est une contrainte qu'un autre impose et dont la fin lui appartient. Le repère fournit le critère qui sépare l'entraînement du dressage, et ce critère est celui de la fin — qui la pose.

Identité / égalité / différence

Identité : être le même. Égalité : valoir autant. Différence : ne pas être le même.

Ce que ce cas en fait. Une compétition suppose des concurrents différents et une règle égale. Toute la difficulté des catégories sportives — âge, poids, sexe, handicap — tient à ce triple repère, et aucune solution n'est purement technique.

Les sujets que cette passerelle arme

Pour chaque sujet : l'exemple précis et daté que vous tirez d'ici, et l'endroit de la copie où il rend le plus.

  1. Ai-je un corps ou suis-je mon corps ?

    exemple central

    L'expérience sportive fournit les deux : le corps qu'on soigne, qu'on mesure, qu'on répare est un corps-objet ; le corps qui joue et anticipe sans calculer est le corps propre. Un exemple vécu par les élèves, ce qui est rare et précieux.

  2. L'habitude libère-t-elle ou asservit-elle ?

    exemple central

    Le geste sportif automatisé libère l'attention pour la tactique. Le même mécanisme installe les mauvais gestes avec la même efficacité. L'habitude est indifférente à ce qu'elle installe : c'est l'argument à tenir.

  3. Peut-on se dépasser ?

    accroche

    Fosbury, 20 octobre 1968 : une technique jugée absurde devient la seule employée en dix ans. Ce n'est pas le corps qui a changé, c'est la question qu'on lui posait.

Un exemple daté vaut mieux que trois références vagues : c'est ce qui distingue une copie qui sait d'une copie qui récite. Reprenez les dates, elles comptent autant que les noms.

Corpus & documents

Deux textes libres de droit : le corps qui sait, le corps qui s'apprend.

Marcel Mauss, « Les techniques du corps », 1934 (domaine public)

« J'appelle technique un acte traditionnel efficace… Il faut qu'il soit traditionnel et efficace. Il n'y a pas de technique et pas de transmission s'il n'y a pas de tradition. »

Si même nager ou marcher sont « traditionnels » (appris, transmis), que reste-t-il de « naturel » dans notre corps ? Le geste sportif est-il nature ou culture ?

Montaigne, Essais, livre I (domaine public)

« Ce n'est pas une âme, ce n'est pas un corps qu'on dresse, c'est un homme ; il n'en faut pas faire à deux. »

Montaigne refuse de séparer l'éducation du corps et celle de l'esprit. En quoi l'EPS est-elle, à cette lumière, une formation de la personne entière ?

Extraits dans le domaine public. Commentaires et questions originaux.

Galerie — images du domaine public

Images libres de droit en rapport avec ce dossier.

Écouter

Fiches et carnet dans la phonothèque.

Philosophie de la danse

Ollivier Pourriol · PUF-Frémeaux · 3 CD, 3 h 41

Le corps, le mouvement, l'abandon de soi, la distinction sport / danse : le versant philosophique du corps en action.

Histoire de la philosophie — l'offre intégrale

V. Giraud, P. Guenancia, M. Foessel, C. Zanfi · PUF-Frémeaux · 19 CD, 21 h 25

Pour l'âme et le corps, de Platon et Descartes à la phénoménologie du corps propre.

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Atelier d'écriture — un retour immédiat

Sujet : « Suis-je le maître de mon corps ? »

Pensez à la douleur, au rougissement, au geste automatique du sportif : ai-je un corps-instrument, ou suis-je mon corps ? Thèse, objection, réponse.

Seul votre texte est transmis — jamais votre nom.

Prolonger

Pour le professeur. Passerelle EPS adossée aux notions la conscience, la technique, le bonheur, la nature et aux repères en acte / en puissance, théorie / pratique. Elle part de l'expérience corporelle des élèves (l'entraînement, l'habitude) pour poser le rapport âme/corps (Descartes vs corps propre), les techniques du corps (Mauss) et l'éthique du dépassement.