Sciences de l'ingénieur · notions : la technique, le travail

L'objet technique

Un ingénieur conçoit des objets. Mais un objet technique, est-ce un simple moyen neutre, indifférent à l'usage qu'on en fait — ou a-t-il sa propre logique, sa propre évolution, voire son propre pouvoir sur nous ? De l'outil qui prolonge la main à la machine qui asservit l'ouvrier, la technique est un des grands objets de la philosophie contemporaine.

Notion : La technique Notion : Le travail Repère : Théorie · Pratique

L'homme, animal technique

Bergson propose de nous appeler moins Homo sapiens (l'homme qui sait) que Homo faber (l'homme qui fabrique) : l'intelligence serait d'abord la faculté de faire des outils — et des outils à faire des outils. La technique n'est donc pas un supplément à l'humanité : elle en fait partie. Le mythe de Prométhée le disait déjà : privé de griffes et de fourrure, l'homme ne survit que par le feu et l'artifice volés aux dieux. Nous sommes l'animal qui doit se donner ce que la nature ne lui a pas donné.

Atelier interactif — la concrétisation de l'objet (Simondon)

Pour Simondon, un objet technique n'est pas figé : il évolue. Au début, des pièces juxtaposées, chacune sa fonction (objet « abstrait »). Peu à peu, les pièces se combinent, une même pièce remplit plusieurs rôles : l'objet devient « concret », intégré comme un organisme. Faites glisser.

← Objet abstrait (pièces juxtaposées)Objet concret (intégré) →

Idée forte de Simondon : la « culture » méprise la technique (« ce n'est que de la mécanique »), alors que l'objet technique a une genèse, une intelligence propre. Comprendre la technique, c'est refuser à la fois de l'idolâtrer et de la diaboliser.

Deux inquiétudes : Marx et Heidegger

Marx — la machine et l'aliénation

Dans l'atelier, l'ouvrier se sert de l'outil ; dans l'usine, il sert la machine. La technique, sous un certain rapport de production, retourne le rapport : l'homme devient l'appendice de l'outil. Le problème n'est pas la machine, mais qui la possède et à quelles fins.

Heidegger — l'arraisonnement

La technique moderne, dit Heidegger, nous fait voir toute chose comme un stock à exploiter : la rivière devient « réserve d'énergie », la forêt « ressource ». Le danger n'est pas tel ou tel outil, mais un rapport au monde qui ne voit plus que de l'utilisable.

Faut-il en conclure que la technique est mauvaise ? Non : ces critiques visent un usage et un rapport, pas l'artifice en soi. La vraie question — celle que pose l'ingénieur autant que le philosophe — est : la technique est-elle neutre ? Un outil se contente-t-il d'exécuter nos fins, ou transforme-t-il aussi nos fins ?

Bergson
BergsonHomo faber
Simondon
SimondonL'objet technique
Marx
MarxMachine & travail
Heidegger
HeideggerL'arraisonnement

Est-ce la technique qui fait la société ?

Avant de demander si la technique est neutre, il faut savoir dans quel sens va la causalité. Deux réponses opposées s'affrontent depuis un siècle et demi. Pour le déterminisme technique, l'invention est la cause et la société l'effet : changez l'outil, vous changez l'ordre social. Pour le constructivisme, c'est l'inverse : ce sont des groupes sociaux qui, parmi mille objets possibles, en retiennent un, et lui donnent après coup l'air d'une évidence. Chacune de ces thèses a une formule célèbre — et une réfutation datée.

« Le moulin à bras vous donnera la société avec le suzerain ; le moulin à vapeur, la société avec le capitaliste industriel. » Karl Marx, Misère de la philosophie, 1847, chap. II, « deuxième observation » (domaine public)

C'est la formule déterministe la plus nette qui soit — et il est piquant qu'elle vienne de Marx, dont on retient d'ordinaire l'inverse. Elle a connu au XXe siècle une application spectaculaire. En 1962, l'historien américain Lynn White Jr. publie Medieval Technology and Social Change : selon lui, l'adoption de l'étrier par les Francs, dans les années 730, rend possible le combat de choc à la lance, donc une cavalerie lourde, donc des concessions de terres pour entretenir les chevaux — donc la féodalité. Un anneau de métal aurait engendré un ordre social. La thèse est belle, elle est claire, et elle est fausse.

La réfutation est elle aussi datée, et elle est de méthode. Dès 1963, P. H. Sawyer et R. H. Hilton publient dans Past & Present (no 24, p. 90-100) un article au titre programmatique : « Technical Determinism: The Stirrup and the Plough ». Puis, en 1970, Bernard S. Bachrach reprend le dossier pièce par pièce (« Charles Martel, Mounted Shock Combat, the Stirrup, and Feudalism », Studies in Medieval and Renaissance History, vol. 7, p. 49-75). Le calendrier ne tient pas : les sources arabes décrivent des Francs combattant à pied à Poitiers en 732 ; l'étrier ne se généralise que bien après ; et le combat de choc à la lance couchée ne devient courant qu'au XIIe siècle, quatre siècles après la transformation sociale qu'il était censé produire. White n'a jamais répondu. L'épisode est resté sous le nom de Great Stirrup Controversy, et il vaut leçon : une explication technique d'un fait social est toujours séduisante parce qu'elle est simple — c'est une raison de la vérifier, pas de l'adopter.

Ce que le déterminisme voit juste

Un objet, une fois adopté, contraint réellement : on ne bâtit pas la même ville avec l'ascenseur et sans lui. L'outil ouvre des possibles qui n'existaient pas, et en referme d'autres. Nier cela reviendrait à dire que la technique ne fait rien — ce qui est absurde.

Ce qu'il manque

Il oublie le moment du choix. En 1984, dans Social Studies of Science (vol. 14, no 3, p. 399-441), Trevor Pinch et Wiebe Bijker montrent, sur l'histoire de la bicyclette, qu'un même objet n'a pas le même sens pour tous : le pneu à air est vu par les uns comme un amortisseur pour vieux messieurs, par les autres comme un gain de vitesse. Ils appellent cela la flexibilité interprétative. Un objet n'est « le bon » qu'après une clôture — c'est-à-dire après qu'un groupe a gagné.

Position raisonnable, et défendable en dissertation : la causalité va dans les deux sens. La société choisit ses objets ; ses objets, une fois choisis, la reconfigurent et rendent le choix invisible. Ce qui est faux, c'est de croire qu'un seul des deux sens existe.

Il n'y a pas d'outil seul — la notion de système technique

C'est l'argument qui ruine, à lui seul, l'idée d'un objet « neutre » qu'on examinerait isolément : un tel objet n'existe pas.

L'historien Bertrand Gille dirige en 1978 l'Histoire des techniques (Gallimard, « Encyclopédie de la Pléiade ») et y installe une notion décisive : le système technique. Une technique n'est jamais isolée ; elle suppose des matériaux, une énergie, des procédés voisins, des compétences, un marché. Toutes ces pièces doivent être compatibles entre elles, et cette compatibilité est ce que Gille appelle une cohérence. Dans un texte de 1979 (« La notion de système technique », Culture technique, no 1), il le dit par l'exemple : « l'aviation sans aluminium, l'automobile sans le pétrole sont proprement inconcevables » — comme l'est notre agriculture sans engrais, sans insecticides et sans machines agricoles. Ce qui existe réellement, ce n'est pas l'avion : c'est l'avion plus l'aluminium, l'électrolyse, le kérosène, les aéroports, la radio, les pilotes et l'assurance.

Conséquence directe pour notre question. Demander « ce marteau est-il neutre ? » a l'air d'une question de philosophie ; c'est en réalité une question mal posée, parce qu'elle isole un objet qui n'existe jamais seul. La bonne question est : ce système-là, avec les dépendances qu'il crée et les alternatives qu'il tue, engage-t-il quelque chose ? Et là, la réponse ne peut plus être « ça dépend de l'usage » : le système a été construit pour certains usages, et il en rend d'autres coûteux, difficiles, ou impensables. Gille ajoute une conséquence historique : les systèmes techniques se succèdent par blocs, non pièce à pièce (il date celui de la révolution industrielle anglaise entre 1709-1712 et 1786-1787, et le suivant entre 1855 et 1900).

Un cas daté — le Therac-25 (1985-1987)

Le Therac-25 est un accélérateur linéaire de radiothérapie, conçu par l'agence canadienne AECL et disponible à partir de 1982 ; onze machines seront installées au Canada et aux États-Unis. Ses prédécesseurs, les Therac-6 et Therac-20, possédaient des verrouillages mécaniques et électriques : des dispositifs matériels interdisant physiquement au faisceau de haute énergie d'être émis sans sa cible en place. Sur le Therac-25, ces sécurités matérielles ne sont pas reconduites : on fait confiance au logiciel, qui suffit et qui coûte moins cher. Entre juin 1985 et janvier 1987, six accidents de surdosage massif surviennent ; au moins trois patients en meurent. Deux défauts logiciels sont en cause : une situation de concurrence (si l'opérateur, très rapide, corrige le mode de traitement en moins de huit secondes, la correction n'est pas prise en compte) et un compteur de sécurité qui, en débordant, repasse à zéro et fait sauter la vérification. L'enquête de référence est celle de Nancy Leveson et Clark Turner, « An Investigation of the Therac-25 Accidents », IEEE Computer, vol. 26, no 7, juillet 1993, p. 18-41.

Lisez ce cas avec Gille en tête. Aucune pièce n'est fautive isolément : le logiciel fait ce qu'on lui a demandé, le matériel fonctionne, l'opérateur est compétent — sa rapidité même est le fruit de son entraînement. Ce qui a été supprimé, c'est une redondance du système, c'est-à-dire un lien. La décision décisive n'est pas une décision d'usage, elle est prise à la conception, des années avant le premier patient, par quelqu'un qui n'en verra jamais les conséquences. C'est exactement ce qu'un ingénieur doit apprendre à voir.

Le prix de l'efficacité, et la responsabilité de l'ingénieur

Deux thèses fortes du XXe siècle, et l'objection qu'il faut savoir opposer à chacune. Une thèse qu'on ne sait pas critiquer n'est pas encore comprise.

Ellul : la technique n'est plus un moyen

En 1954, Jacques Ellul publie La Technique ou l'enjeu du siècle (Armand Colin). Sa thèse tient en un déplacement : la technique n'est plus l'ensemble des machines, c'est « la préoccupation de l'immense majorité des hommes de notre temps de rechercher en toutes choses la méthode absolument la plus efficace ». Le critère d'efficacité, appliqué partout — à l'industrie, à l'administration, à l'éducation, à la propagande — se met à choisir à notre place : entre deux procédés, on ne délibère pas, le plus efficace s'impose. Ellul appelle cela l'automatisme du choix technique ; c'est ce que l'organisation du travail nommait déjà, depuis Taylor, le one best way. Et si la technique choisit, alors elle a conquis, écrit-il, « une autonomie à peu près complète » : elle n'est plus notre moyen, elle est devenue notre milieu. Ellul prolongera l'analyse dans Le Système technicien (1977) et Le Bluff technologique (1988).

L'objection, et elle est sérieuse. Une thèse qui explique tout n'explique rien. Si chaque succès de la technique confirme son autonomie, et si chaque échec, chaque régulation, chaque moratoire est réinterprété comme une ruse du système technicien, alors aucune observation ne pourrait jamais la démentir. Or, selon le critère de Popper, une proposition que rien ne pourrait réfuter n'est pas une proposition scientifique — elle relève du diagnostic ou de la prophétie. Cela ne la rend pas inutile : elle nomme quelque chose que nous éprouvons. Mais on ne peut pas la produire comme une preuve. Testez-la vous-même : quel fait, s'il se produisait, vous ferait dire qu'Ellul a tort ? Si vous n'en trouvez aucun, vous savez ce que vaut la thèse.

Jonas : l'agir technique change la morale elle-même

En 1979, Hans Jonas publie Das Prinzip Verantwortung — Le Principe responsabilité en français (traduction de Jean Greisch). Son point de départ n'est pas une plainte contre la technique, c'est un constat sur l'éthique. Toute la morale héritée suppose trois choses : que les effets de mes actes soient proches, qu'ils soient prévisibles, et qu'ils soient réparables. « Tu ne tueras point », « aime ton prochain » : le prochain est là, devant moi. Or l'agir technique moderne produit des effets différés (ils atteignent des gens qui ne sont pas encore nés), cumulatifs et parfois irréversibles. Une morale du face-à-face ne peut pas les saisir. Il faut donc un impératif d'un genre nouveau, que Jonas construit sur le modèle de Kant tout en le retournant :

« Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre. » Hans Jonas, Le Principe responsabilité, 1979, chap. I — formulation négative : « Agis de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d'une telle vie. »

Notez soigneusement les trois écarts avec Kant, ils font tout le sujet. L'impératif kantien s'adresse à une volonté et se teste par la non-contradiction ; celui de Jonas s'adresse à des effets et se teste par leurs conséquences lointaines. Kant vise l'humanité comme idée présente en chaque personne ; Jonas vise l'existence future de l'humanité, dont il fait un devoir alors même que personne, pour l'instant, n'en est le titulaire. Enfin Jonas ajoute une règle de prudence, l'heuristique de la peur : dans le doute, donner plus de poids au pronostic défavorable qu'au pronostic favorable — non par pessimisme, mais parce que l'enjeu est irréversible.

L'objection, ici encore. Si l'on doit toujours privilégier le scénario le pire, on ne fait plus rien — et l'inaction a elle aussi des conséquences, parfois pires que l'action qu'on refuse. Comment Jonas peut-il éviter que son principe se change en interdiction générale d'innover ? C'est la question ouverte que la discussion contemporaine du principe de précaution n'a pas close.

Pour l'ingénieur, le résultat est concret. Il n'a pas seulement à se demander si ce qu'il conçoit fonctionne, mais à qui il transfère les conséquences de son choix, dans combien d'années, et si quelqu'un pourra encore revenir en arrière. Le Therac-25 le montre : la faute n'était pas dans l'usage, elle était dans une ligne de spécification écrite trois ans plus tôt.

Références des trois sections précédentes : K. Marx, Misère de la philosophie, 1847 ; L. White Jr., Medieval Technology and Social Change, Oxford University Press, 1962 ; P. H. Sawyer et R. H. Hilton, « Technical Determinism: The Stirrup and the Plough », Past & Present, no 24, 1963, p. 90-100 ; B. S. Bachrach, « Charles Martel, Mounted Shock Combat, the Stirrup, and Feudalism », Studies in Medieval and Renaissance History, vol. 7, 1970, p. 49-75 ; T. Pinch et W. Bijker, « The Social Construction of Facts and Artefacts », Social Studies of Science, 14-3, 1984, p. 399-441 ; B. Gille (dir.), Histoire des techniques, Gallimard, « Encyclopédie de la Pléiade », 1978, et « La notion de système technique », Culture technique, no 1, 1979, p. 8-18 ; N. Leveson et C. Turner, « An Investigation of the Therac-25 Accidents », IEEE Computer, 26-7, juillet 1993, p. 18-41 ; J. Ellul, La Technique ou l'enjeu du siècle, Armand Colin, 1954 ; H. Jonas, Le Principe responsabilité, 1979, trad. J. Greisch. Commentaires et questions originaux.

Du concret au concept

Un pont s'effondre le 7 novembre 1940 après quatre mois de service, filmé, devant témoins. Les calculs étaient corrects ; c'est la question posée aux calculs qui ne l'était pas. Un cas où l'on voit à l'œil nu que la technique n'est pas seulement l'application d'une science.

Les notions du programme, telles que ce cas les pose

La technique

Un objet technique n'existe jamais seul : il suppose un réseau — matériaux, normes, savoir-faire, usages. C'est ce qui ruine l'idée d'un outil « neutre » qu'on pourrait juger isolément, indépendamment du système qui le rend possible.

La science

L'ingénieur ne déduit pas son ouvrage de la théorie : il décide de ce qu'il faut calculer, et donc de ce qu'il néglige. Ce choix précède la science et ne s'en déduit pas.

La liberté

Si la technique impose ses solutions — le « one best way » —, la marge de décision se réduit à rien. Si elle est un ensemble de possibles entre lesquels une société choisit, la responsabilité revient. Les deux thèses ont leurs défenseurs et leurs faits.

Les repères, définis en situation

Un repère ne s'apprend pas : il se manie. Chacun est donné ici avec sa définition, puis avec le travail précis qu'il fait dans ce dossier — c'est le second point qui compte en copie.

Théorie / pratique

Théorie : un savoir qui vise à connaître. Pratique : une action qui vise à transformer.

Ce que ce cas en fait. Tacoma n'est pas un échec de la théorie : l'aéroélasticité était connue. C'est un échec du passage — personne n'avait posé la question du vent au bon endroit. Le repère sert ici à localiser précisément la faute, ce qui est plus difficile et plus intéressant que de la déplorer.

Cause / fin

Cause : ce qui produit l'effet. Fin : ce en vue de quoi on agit.

Ce que ce cas en fait. La cause de l'effondrement est mécanique. La fin poursuivie — un pont plus mince, plus élégant, moins cher — est humaine. Un accident technique se comprend toujours à deux niveaux, et confondre les deux, c'est soit dédouaner les hommes, soit accuser la matière.

Obligation / contrainte

Contrainte : ce qui force du dehors. Obligation : ce qui engage de l'intérieur, et qu'on peut ne pas honorer.

Ce que ce cas en fait. Les normes de calcul sont des contraintes ; la responsabilité de l'ingénieur est une obligation. La première se vérifie, la seconde se répond. Toute la déontologie professionnelle tient dans cet écart.

Impossible / possible

Ce qui ne peut pas être, et ce qui peut être sans être encore.

Ce que ce cas en fait. « C'est techniquement possible » ne dit rien de « il faut le faire ». Le passage du possible au permis n'est pas technique : c'est le lieu même où la philosophie devient nécessaire à l'ingénieur.

Les sujets que cette passerelle arme

Pour chaque sujet : l'exemple précis et daté que vous tirez d'ici, et l'endroit de la copie où il rend le plus.

  1. La technique est-elle neutre ?

    exemple central

    Tacoma, 7 novembre 1940 : un choix esthétique et économique — un tablier de deux mètres quarante d'épaisseur pour huit cent cinquante mètres de portée — inscrit dans l'acier. L'objet porte la décision : c'est ce qu'on veut dire quand on dit qu'il n'est pas neutre.

  2. Sommes-nous responsables de ce que nous ne pouvions pas prévoir ?

    exemple central

    Un cas où l'imprévu était prévisible pour qui aurait posé la question. Permet de distinguer l'imprudence, l'erreur et la faute — trois choses que les copies confondent.

  3. Le progrès technique nous rend-il meilleurs ?

    objection

    L'effondrement de Tacoma a produit une discipline entière : l'aéroélasticité des ponts. L'échec fait progresser — objection sérieuse à toute condamnation globale de la technique, et qui oblige à préciser ce qu'on entend par « meilleurs ».

Un exemple daté vaut mieux que trois références vagues : c'est ce qui distingue une copie qui sait d'une copie qui récite. Reprenez les dates, elles comptent autant que les noms.

Corpus & documents

Deux textes libres de droit : l'homme fabricant, et l'homme servant la machine.

Henri Bergson, L'Évolution créatrice, 1907 (domaine public)

« Si nous pouvions nous dépouiller de tout orgueil […], nous dirions peut-être non pas Homo sapiens, mais Homo faber. En définitive, l'intelligence, envisagée dans ce qui en paraît être la démarche originelle, est la faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils. »

Définir l'homme par la fabrication : qu'est-ce que cela met au-dessus de tout — la main, l'outil, le projet ? Et qu'est-ce que cela risque d'oublier de l'humain ?

Karl Marx, Le Capital, livre I, 1867 (domaine public)

« Dans la manufacture et le métier, l'ouvrier se sert de l'outil ; dans la fabrique, il sert la machine. Là, le mouvement de l'instrument de travail part de lui ; ici, c'est lui qui doit suivre le mouvement. »

Le problème vient-il de la machine elle-même, ou de l'organisation du travail ? Une même technique peut-elle libérer dans un cas, asservir dans l'autre ?

Extraits dans le domaine public. Commentaires et questions originaux.

Galerie — images du domaine public

Images libres de droit en rapport avec ce dossier.

Écouter

Fiches et carnet dans la phonothèque.

Philosophie et sciences sociales

Johann Michel · PUF-Frémeaux · 4 CD, 4 h 27

Pour le travail, la technique et l'aliénation : Marx, le rapport de production, la division du travail.

Histoire de la philosophie — l'offre intégrale

V. Giraud, P. Guenancia, M. Foessel, C. Zanfi · PUF-Frémeaux · 19 CD, 21 h 25

Pour Bergson, Heidegger et la philosophie de la technique au XXe siècle.

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Atelier d'écriture — un retour immédiat

Sujet : « La technique est-elle neutre ? »

Un outil se contente-t-il d'exécuter nos fins, ou transforme-t-il nos désirs, notre rapport au monde, nos rapports sociaux ? Servez-vous de Simondon, Marx, Heidegger. Thèse, objection, réponse.

Seul votre texte est transmis — jamais votre nom.

Prolonger

Pour le professeur. Passerelle « sciences de l'ingénieur / technologie » adossée aux notions la technique, le travail et au repère théorie / pratique. Elle relie la conception d'objets (le métier visé) à la réflexion sur la neutralité de la technique (Simondon, Heidegger) et l'aliénation (Marx). Recoupe directement l'enseignement de technologie.